Les poissons migrateurs d’eau douce ont décliné de 81% en 50 ans!..
Des Piraputanga (Brycon hilarii), un poisson migrateur, ici dans le Rio da Prata au Brésil. Ils jouent un rôle majeur dans la dispersion des graines. – © Pablo Porciuncula / AFP
Les rivières, ruisseaux, lacs et autres zones humides se dépeuplent à une vitesse fulgurante. Un rapport de l’ONU publié le 24 mars, dans le cadre de la quinzième session de la Conférence des parties de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, qui se tient en ce moment au Brésil, révèle que les poissons migrateurs d’eau douce font partie des êtres les plus menacés de la planète. Saumons, esturgeons, anguilles, poissons-chats… Depuis 1970, les populations de ces quelque 19 000 espèces ont décliné de 81 %.
Présents sur tous les continents — à l’exception de l’Antarctique —, les poissons d’eau douce représentent la moitié de la diversité totale des poissons, et près d’un quart de celle des vertébrés. Les migrations de certains d’entre eux comptent parmi les plus longues du règne animal : la dourada (Brachyplatystoma rousseauxii), un poisson de fond pouvant mesurer jusqu’à deux mètres de long, peut voyager sur 11 000 kilomètres au cours de sa vie, des sources andines jusqu’aux nourriceries des littoraux guyanais et brésilien.
L’effondrement des poissons migrateurs d’eau douce est très préoccupante, car ce groupe d’espèces contribue à l’équilibre des rivières et nourrit des centaines de millions de personnes à travers le monde. Parmi ses causes, on trouve la présence de barrages, qui fragmentent les cours d’eau et bloquent la migration des poissons, la dégradation des habitats humides via la déforestation, la canalisation des cours d’eau, l’extraction de sable et de gravier, la pollution chimique, etc., la surpêche, et le changement climatique.
Le rapport recense 325 espèces pour lesquelles des actions de conservation internationales pourraient être envisagées. Les bassins fluviaux prioritaires sont l’Amazone et la Plata-Paraná en Amérique du Sud, le Danube en Europe, le Mékong en Asie, le Nil en Afrique et le Gange-Brahmapoutre dans le sous-continent indien. Les experts scientifiques recommandent de mieux protéger les couloirs de migration, de mieux gérer les pêcheries, et de mettre en place des plans d’action et de surveillance transfrontaliers.
« Les poissons migrateurs d’eau douce sont en grande difficulté, explique l’auteur principal de ce rapport, le biologiste Zeb Hogan de l’université du Nevada. Pour les protéger, les pays devront travailler ensemble pour que les rivières restent connectées, productives et pleines de vie. »

